Chapitre 22 : 

We never said Goodbye



La Séparation, laisser partir quelque chose qu'on aime pour se libérer... Carte du Symbolon
La Séparation, laisser partir quelque chose qu'on aime pour se libérer... Carte du Symbolon


Le soleil a du mal à percer l'épais brouillard qui depuis le petit matin ne semble pas vouloir se lever. Clarisse fait la vaisselle du petit déjeuner, fredonnant cette chanson aux paroles si délicieusement tristes qui la hante depuis son réveil.


We never said goodbye

No my tears won't ever dry

I could never let this end

Oh i just wanna hold your hands

We never said Goodbye


Un verre qui lui échappe et se brise en mille morceaux sur le carrelage de la cuisine.

Elle crie.

La surprise mais aussi autre chose.

Une tristesse insondable lui tombe dessus violemment.

Des larmes se mettent à couler au moment où elle se baisse pour ramasser les éclats de verre éparpillés un peu partout.

Elle sent.

Elle sait.

Il est parti.

Définitivement.

Une douleur vive lui coupe la respiration.

Des images, des sensations.

Ses yeux d'un noir enivrant.

La douceur de ses lèvres sur les siennes.

Son souffle chaud sur sa peau.

Il est parti.

Les sanglots s'écrasent sur les tomettes, formant de petites flaques bientôt colorées de rouge.

Elle s'est coupée avec un tesson mais ne ressent rien.

Le sang s'écoule de son index et elle fixe les perles écarlates qui s'en échappent, hypnotisée.

Machinalement, elle porte son index à sa bouche pour arrêter le saignement, et se revoit sucer son doigt en le crucifiant de son regard ardent de désir.

Il est parti.

Et elle ne le reverra plus.

Pas dans cette vie, en tout cas.

Elle essuie ses larmes avec le plat de la main et renifle pour limiter les pleurs. Pio la regarde depuis son coin de jouets, l'air grave de celui qui sait.

"Ne t'approche pas mon cœur, c'est dangereux"

Surtout à quatre pattes.

Il est parti.

Cette fois, c'est elle qui reste.

Une fois les morceaux rassemblés en un petit tas, elle marque une pause, le regard dans le vide. Puis un mouvement retient son intention.

Pio s'est levé. Prenant appui contre le mur, il se met sur ses deux jambes. Puis il s'élance vers elle.

Là, dans la cuisine, au milieu des bouts de verre et des morceaux du cœur brisé de sa mère, il fait son premier pas.

Clarisse rit, attendrie et fière de sa performance.

Soulagée aussi.

Il marche !

Bientôt sa petite main se pose sur sa joue où les larmes ont fini de sécher et il y pose un baiser baveux à souhait.

Du miel sur sa plaie.


Un son sourd et lancinant trouble l'instant.

Son téléphone, abandonné sur la table attenante depuis la veille, vibre avec insistance. Clarisse l'empoigne d'une main et déglutit en voyant le numéro de Gabriel s'afficher. Elle décroche d'un mouvement de pouce mais garde son téléphone à bout de bras, loin, comme une mise à distance. Sans avoir besoin d'activer le haut-parleur elle l'entend :

- Clarisse ?

Raclement de gorge.

Hésitation sur la première syllabe.

Timbre légèrement chevrotant.


C'est lui le messager.


La gorge serrée, elle tente de se préparer à ce qu'elle va entendre et qu'elle sait déjà, la tête de son fils posée dans le creux de son cou. Son téléphone lui brûle la paume.

L'icône de sa boîte de réception clignote dans un coin de l'écran.

Un frisson la parcourt.

Elle l'ouvre, ignorant l'interlocuteur qui vient remplir sa terrible besogne en prononçant son nom dans le vent, à la recherche de son attention.

Le message, envoyé de bonne heure du portable de Frédéric contient seulement trois mots.

Elle en prend connaissance au moment même où la voix lointaine de Gabriel trébuche sur trois autres mots, lancés dans le vide.


"Il est mort"


"Je t'aime"


Elle se sent allégée d'un poids énorme.

Libre.

Enfin.

Pour de vrai.

Libre.

Et vivante.

Enfin…

FIN


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