Chapitre 2 : L'Origine

Le vent soufflait fort et la pluie tombait dru, diluant les vestiges épars des dernières chutes de neige. L'homme frissonna dans sa cape trempée. La légère buée qui s'échappait de sa bouche et des naseaux de sa monture se délayait dans le brouillard, dont les nappes blanchâtres s'écorchaient ici et là aux branches des grands arbres. La forêt en cette saison portait en elle un mystère aussi fascinant qu'inquiétant, surtout aux abords du lac sombre aux eaux ténébreuses dont il venait de faire le tour.
Le voyage avait été long et éreintant, la pluie et la froidure, ses plus fidèles compagnes dans son cheminement. Il se maudit de ne pas avoir attendu le printemps pour débuter cette quête, cependant quelque chose au fond de lui l'avait poussé à partir dès que son père avait été mis en terre. La crainte, sans doute, que les multiples obligations dont il avait hérité ne l'empêchent de s'absenter définitivement.
Le soir était encore loin, toutefois il n'avait pas perçu la lumière du jour depuis qu'il était entré dans ce bois, et semblait avancer dans une nuit sans fin. Pourtant, les arbres étaient nus et ce n'est pas leur feuillage qui atténuait le soleil, mais bien ces nuages lourds et gris qui le dominaient où que ses pas le mènent à travers cette forêt dépouillée.
Sous les trombes d'eau qui tombaient du ciel, alourdissant son vêtement et son humeur, il fut tenté de jurer, puis se ravisa. Il préféra faire montre de reconnaissance pour son fidèle destrier dont les pattes s'embourbaient régulièrement dans les flaques d'eau boueuse et les amas de terre meuble, mais qui, toujours, et vaillamment, avançait. Il encouragea son cheval et le flatta, conscient que qui veut aller loin, doit ménager sa monture.
Soudain, il crut distinguer à travers l'averse, une clairière qui se dessinait derrière les troncs épais des chênes. Arrivé à ses abords, la silhouette d'un imposant bâtiment se découpait non loin, au sommet d'une petite colline. Sa patience avait été récompensée. La première étape de son périple lui ouvrait les bras, et à défaut de réponses, l'endroit promettait au moins d'offrir quelques vivres.
La pluie cessa inopinément et un fin rayon de soleil perça les nuages de cendre. Il contempla alors le paysage environnant avec minutie, espérant que quelque chose dans ce décor bucolique raviverait quelques souvenirs. Espoirs vains, si ces terres l'avaient vu naître, cela faisait longtemps qu'il ne les avait pas foulées de son pas.
Cela était-il jamais arrivé d'ailleurs? Il ignorait à quel âge il avait rejoint ce qui avait été jusqu'il y a peu son seul foyer, son unique famille. Tout ce que son père, ainsi qu'il l'avait toujours considéré, lui avait avoué sur son lit de mort, c'est qu'il avait été adopté, et initialement recueilli dans ce lieu qui lui faisait face. Une maison consacrée à Dieu, et dont les fidèles serviteurs avaient, entre autres missions, celles d'accueillir l'indigent, le souffrant et l'orphelin.
Un bâtiment dont les tuiles vernissées brillaient d'un étrange éclat sous l'éclaircie, tel un incendie dont les flammes voraces rayonnaient à l'horizon.
Un couvent.

